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Développer la recherche et la formation supérieure sur la biodiversité et la gestion des populations animales dans les Caraïbes

Portrait de Christopher Cambrone, doctorant en Guadeloupe

mer. 20 déc. 2017

Christopher a 25 ans. D’origine guadeloupéenne, il est l’un des premiers étudiants à avoir été soutenu par Caribaea Initiative, dans le cadre de son programme de bourses. Après avoir suivi deux années de master à l’Université de Bourgogne et effectué ses projets de recherche en partenariat avec l’ONCFS sur le Pigeon à couronne blanche, il démarre cette année, toujours en Guadeloupe, son projet de thèse sur 3 ans intitulé « Biologie et génétique des populations du Pigeon à couronne blanche, Patagioenas leucocephala : application à la gestion et la conservation de l’espèce ». Christopher s’est prêté au jeu de l’interview et nous parle de son parcours avec beaucoup de franchise.

1) Pourrais-tu nous dire brièvement comment tu en es arrivé à étudier les animaux dans leurs milieux ?

Quand j’étais plus jeune, j’adorais regarder des documentaires animaliers. Je pouvais y passer l’après-midi. Maintenant, j’aime toujours en regarder, mais par ma formation je suis devenu plus critique par rapport aux explications que l’émission propose. Mais j’avouerai que ce n’était pas le métier que je voulais faire étant plus jeune. J’ai d’abord voulu devenir Urgentiste avant de m’orienter, à partir du lycée, vers la police scientifique. C’est d’ailleurs pour cela que je suis allé à Dijon afin d’y suivre un Cursus en Biologie. Mais dès ma première année de licence j’ai découvert l’écologie et l’évolution et, c’est à partir de ce moment que j’ai choisi de poursuivre mes études dans ce domaine. A partir de là, j’ai été partagé entre deux cursus, la biologie de la conservation et l’écologie comportementale. Les deux me plaisaient. J’ai finalement choisi le second sous les conseils de l’équipe pédagogique et de l’avenir professionnel qui s’entrouvrait grâce à Caribaea Initiative.

2) À quoi espères-tu que ta formation te mènera ?

J’espère devenir enseignant-chercheur dans ce domaine. J’aime enseigner et transmettre les connaissances acquises. J’ai d’ailleurs, durant mon cursus universitaire, donné des cours particuliers à des collégiens pour le brevet des collèges et j’ai vraiment apprécié l’échange qui s’est installé entre nous. L’idéal serait d’obtenir un poste en Guadeloupe et devenir, à force de travail, une personne respectée pour ses compétences scientifiques.

3) En quoi consiste ton travail au quotidien ?

Mon travail au quotidien consiste à étudier le Pigeon à couronne blanche. Cette espèce est endémique de la région caribéenne et est d’intérêt patrimonial et cynégétique dans quelques îles de la région, c’est-à-dire qu’elle a un intérêt particulier pour les populations locales notamment à travers la chasse. La Guadeloupe en fait partie. Malgré qu’elle soit listée sur la liste rouge de l’UICN comme « Presque menacée », l’espèce y est chassée sans réel suivi scientifique et sans plan de gestion et de prélèvement concret. D’un point de vue scientifique, l’espèce est peu connue, notamment l’écologie et la démographie des populations.

C’est pour cela que pendant mon travail de Master j’ai comparé deux méthodes de détection de l’espèce afin de pouvoir suivre, le plus précisément possible, les tendances démographiques des populations de Pigeon à couronne blanche. Pendant environ quatre mois, j’étais sur le terrain pour faire mes recensements et le reste du temps j’étais au laboratoire pour faire des extractions d’ADN. Ces analyses génétiques, loin d’être exhaustives en termes d’échantillonnage, nous ont permis d’avoir une première idée de la structuration génétique de l’espèce à l’échelle de la Guadeloupe et des Caraïbes.

photo 4bisDurant ma thèse je poursuivrai mon étude sur le Pigeon à Couronne blanche sur trois axes majeurs :
– Estimer plus précisément l’effectif de la population caribéenne de pigeons à couronne blanche en combinant les données démographiques et génétiques
– Établir le degré de connectivité des populations via l’étude des déplacements des individus et du flux de gènes entre populations des différentes îles.
– Comparer la diversité génétique présente et passée de l’espèce.
Le but étant d’en apprendre davantage sur l’espèce, de confirmer dans un premier temps le statut de l’espèce et de proposer en conséquence des données obtenues, un plan de gestion adapté.
Le métier de chercheur dans le domaine de l’Écologie animale consiste à comprendre le fonctionnement des animaux dans leur milieu naturel, c’est-à-dire en prenant en compte les facteurs biotiques et abiotiques dans l’environnement. En écologie, les facteurs biotiques représentent l’ensemble des interactions du vivant sur le vivant dans un écosystème. Opposables aux facteurs abiotiques, qui sont l’action du non-vivant sur le vivant. Grossièrement, ce métier consiste à apporter des connaissances supplémentaires à des échelles plus ou moins précises qui aident ou aideront à comprendre l’environnement (biotique et abiotique) dans lequel l’homme évolue.

 

4) En quelques mots, si tu devais expliquer à un enfant (6-8ans) qui ne connaît pas le Pigeon à couronne blanche, que dirais-tu pour le présenter ?

Pigeon couronne blanche-Guadeloupe_2Le Pigeon à couronne blanche est une espèce de colombidé, de la même famille que le pigeon que l’on voit en ville, mais le dessus de sa tête est blanche, c’est pour ça qu’on l’appelle Pigeon à couronne blanche car on pourrait croire qu’il a une couronne blanche.

C’est un bel oiseau, rien à voir avec les pigeons des villes. On le trouve uniquement dans la région Caraïbes et celui-ci voyage d’île en île en fonction des saisons.

Et comme toutes les espèces existant sur Terre, elle joue un rôle plus ou moins important dans l’endroit où elle vit. Par exemple elle dissémine ou disperse des graines en se nourrissant notamment de baies, ce qui permet aux espèces végétales consommées par cette espèce d’aller d’un endroit à un autre, et ainsi de franchir de grandes distances.

5) Qu’est-ce qui te fascine le plus chez cet oiseau ?

Ce qui me fascine c’est qu’on ne sache pas grand-chose sur cette espèce et cela me motive à l’étudier, d’autant plus qu’elle est menacée. Sur la liste rouge de l’IUCN elle est classée NT – Quasi menacée (espèce proche du seuil des espèces menacées ou qui pourrait être menacée si des mesures de conservation spécifiques n’étaient pas prises).
De plus, c’est une espèce farouche, difficile à observer à certains endroits, notamment en Guadeloupe. J’ai donc le privilège de pouvoir en voir et de l’étudier.

6) Qu’est ce qui se cache dans ta mallette de chercheur ?

photo 2La recherche peut se faire simplement, surtout en écologie où elle peut se contenter de simples observations, d’une feuille et d’un crayon pour prendre des notes et recueillir des données. Le travail de terrain est à la hauteur de tous. Là où le chercheur se distingue, c’est qu’il possède de bonnes bases théoriques lui permettant de recueillir avec précision les données d’intérêt en construisant notamment un plan expérimental structuré. Enfin le chercheur est capable, à travers les données recueillies sur le terrain ou en laboratoire, d’extraire des conclusions biologiques ou écologiques.

Ainsi, mes connaissances théoriques acquises durant mon cursus universitaire et celles que j’acquière actuellement dans mes recherches bibliographiques constituent le pilier de mon travail. Ensuite, j’utilise des jumelles, indispensables pour observer les oiseaux. Et bien sûr un ordinateur pour traiter les données.

Pour la partie génétique de mon projet d’étude, j’ai besoin d’un laboratoire équipé du matériel nécessaire pour extraire et amplifier l’ADN, par exemple j’utilise des thermocycleurs qui me permettent de faire des PCR (amplification en chaîne par polymérase). La PCR est une méthode en biologie moléculaire qui permet d’acquérir une très grande quantité d’ADN ou ARN à partir d’une faible quantité. Avant cela, je dois extraire l’ADN d’échantillons biologiques prélevés sur les individus étudiés (par exemple un échantillon de sang, une plume) en utilisant des kits d’extraction.

7) Qu’est ce qui te motive dans ce métier ?

C’est de contribuer à la préservation de notre belle région caribéenne qui se caractérise par des paysages, une culture et une biodiversité unique.

8) Ton travail aura-t-il un impact sur le public, selon toi ?

De par la nature de mon projet d’étude, mon travail aura un impact sur le public car le Pigeon à couronne blanche est une espèce chassée en Guadeloupe. Mes résultats aideront ainsi à l’élaboration des plans de gestion de l’espèce.

9) Penses-tu que la société évolue positivement en matière d’écologie et d’environnement ?

La seule chose que je peux dire c’est que l’environnement et sa protection prennent une part de plus en plus significative dans notre société actuelle. Il suffit de regarder l’évolution des débats lors des élections présidentielles au cours du temps, le temps qui y est consacré est de plus en plus important. Malheureusement la route est encore longue, il y a encore trop de décisions économiques prises qui sont contraires à la préservation de l’environnement.

10) Quelle a été ta plus grande réussite professionnelle ?

Au cours de ma formation : C’est d’avoir terminé mon cursus universitaire avec un très bon dossier, d’avoir prouvé aux personnes s’étant investies dans ma réussite, que cela n’était pas en vain.

11) Que dirais-tu à un jeune souhaitant démarrer des études dans le domaine de la conservation animale ?

Si c’est ce que tu veux réellement faire : FONCES, donnes toi à fond pour y arriver et entoures-toi des bonnes personnes. Si j’y suis arrivé, tu peux y arriver. Il faut juste s’investir un minimum dans ce que tu vas entreprendre et si tu rencontres des obstacles, garde à l’esprit le but que tu veux atteindre.

12) D’après toi, quels sont les principaux challenges à relever en matière de conservation au sein des Caraïbes ?

Il faut de la cohésion entre les différents territoires caribéens de manière à agir à l’unisson car la majorité des espèces caribéennes ne se sont pas cloisonnées dans un seul territoire des Caraïbes. Pour y arriver, il faut que les leaders en termes de conservation agissant dans la Caraïbe soient caribéens car la biologie de conservation revêt aussi un aspect social qui nécessite de comprendre les besoins et/ou la culture des populations humaines locales, et qui d’autre qu’une personne vivant dans la région des caraïbes, connaissant et pratiquant la culture locale peut mieux contribuer à sa protection et comprendre les communautés locales ?

13) Si tu pouvais encourager les gens à faire une chose pour les espèces animales caribéennes, quel serait ton choix?

Il faut dans un premier temps les informer sur ce qu’est la biodiversité et ce qui peut être fait à différentes échelles pour la préserver. Ensuite je les encouragerai à faire ce qu’ils se sentent capable de faire comme apporter un soutien financier à une association dédiée à la biodiversité et/ou d’agir directement au sein d’une d’entre elles.

14) Quelle est ta devise ?

Kimbé red, pa moli (en français : tiens bon, ne lâche rien). J’aime croire que la volonté est le moteur de la réussite.

Stage master-CCambrone-Pigeon couronne blche

 

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